Nicoletta Casano — Les lieux de la recherche sur la franc-maçonnerie à Bruxelles

La franc-maçonnerie est désormais reconnue en tant que sujet d’étude académique partout dans le monde,1 ce qui est en lien strict avec le procès d’extériorisation auquel cette association s’est vouée dans les dernières décennies. De nos jours, la franc-maçonnerie est par exemple « visible » à tous grâce à la création de musées d’histoire de la franc-maçonnerie, mais surtout elle est plus « accessible » au niveau de l’information et de la documentation à son égard grâce à l’ouverture de centres de documentation rattachés aux obédiences maçonniques elles-mêmes, ainsi que le sont les musées.2 Ceux-ci sont désormais des réalités affirmées dans des pays européens comme la Belgique, la France et l’Angleterre, mais ils existent également ailleurs.3

Or, en ce qui concerne la Belgique, le Musée Belge de la Franc-Maçonnerie, situé à Bruxelles, se présente au public en affichant la « volonté d’ouverture de la part d’une association connue pour sa discrétion ».4 Fort d’une collection de plus de 4.500 pièces – principalement des décors, des bijoux, de la vaisselle et des livres datant du 18e siècle à nos jours – la visite de ce musée offre la possibilité d’apprendre les grandes lignes de l’évolution historique, du fonctionnement, des idées et des structures actuelles de la franc-maçonnerie. Une salle d’exposition temporaire permet, par contre, de développer plus dans la profondeur des thématiques spécifiques les plus diversifiées, comme il a été le cas de l’exposition sur la broderie des tabliers maçonniques en 2014 ou cela de la musique maçonnique en Belgique au XIXe siècle en 2015.5

Si puis on veut s’approcher de plus près au sujet de la documentation sur la franc-maçonnerie belge, des spécialistes de l’histoire de la franc-maçonnerie ont déjà écrit des articles très détaillés sur ce sujet, dont le dernier, le plus actualisé et muni d’un certain élan international est celui de Jeffrey Tyssens dans Bronnen voor de studie van het hedendaagse België.6 Dans cet article, outre la citation de la documentation fondamentale dans tous ses formats – monographies, archives et revues – l’auteur indique également quels sont les lieux de recherche, à savoir les endroits physiques ou virtuels où aller chercher de la documentation maçonnique. Plusieurs sources concernant la maçonnerie belge sont ainsi disponibles dans des endroits institutionnels de la recherche comme les revues à la Bibliothèque Royale ou des fonds d’archives dans les universités belges, mais aussi à l’étranger par exemple à la bibliothèque nationale de Paris pour la documentation du 18e siècle et au centre de documentation du Grand Orient des Pays-Bas pour la période hollandaise. On peut ajouter que de la même manière que dans les archives des universités, des sources maçonniques se trouvent également cachées dans les fonds d’archives dédiés à des personnes notables qui entre autre ont été francs-maçons et qui ont été déposés aux Archives Généraux du Royaume de Belgique, mais également aux Archives de la Ville de Bruxelles. C’est par exemple le cas des archives Eugène Goblet d’Alviella aux Archives du Royaume. En ce qui concerne les Archives de la Ville, je signale que des sources maçonniques se trouvent également dans la collection originelle nommée « Fauconnier ». Cette collection rassemble le matériel publicitaire du 20e siècle et on y trouve aussi des convocations à des tenues (réunions maçonniques) – où par exemple, apparaissent les noms des conférenciers –, à des repas ou d’autres événements maçonniques.

A côté de tout cela, comme Tyssens l’explique également, il existe en Belgique un centre spécialisé pour la documentation maçonnique, c’est-à-dire le Centre d’Etudes et de Documentation Maçonniques (CEDOM). Mon intention est maintenant d’approfondir le discours sur l’histoire, le patrimoine et l’accessibilité de ce centre d’études. De plus, j’ajouterai un aperçu d’un autre centre d’études aussi concerné par une importante documentation maçonnique – même si d’autre nature par rapport au CEDOM et d’une certaine manière à lui complémentaire – c’est-à-dire la bibliothèque du Centre Interdisciplinaire d’Etude des Religions et de la Laïcité (CIERL) à l’Université Libre de Bruxelles.

1. Le Centre d’Etudes et de Documentation Maçonnique

Le CEDOM a été créé en 1969 et il est rattaché à la plus ancienne obédience maçonnique belge, le Grand Orient de Belgique (GOB).7 Outre la collecte et la conservation de la documentation ayant trait à la franc-maçonnerie et à des thématiques proches, il se donne pour but de mettre cette documentation à la disposition des membres de la franc-maçonnerie ainsi que de favoriser les recherches scientifiques portant sur la franc-maçonnerie menées par des étudiants et des chercheurs qui font au préalable une demande motivée d’accès à la consultation auprès du directeur du CEDOM.8 Cette pratique de demande est très courante auprès des archives ou centres de documentation des institutions et des associations privées partout dans le monde.9

Le CEDOM est composé d’une bibliothèque, pourvue d’un ordinateur sur lequel il est possible de consulter le catalogue10 des 11.150 monographies et des 278 revues conservées dans ce centre d’études, et d’un autre espace où sont conservés les 100 mètres courants d’archives dont la moitié sont les archives semi-dynamiques et l’autre moitié les archives historiques. La bibliothèque est également la salle de lecture où les visiteurs peuvent s’installer pour travailler.

Ce qui constitue la vraie richesse du CEDOM pour les chercheurs ce sont sa collection de revues et ses archives historiques. Si une partie des bulletins, cahiers et annuaires du Grand Orient de Belgique peuvent être consultés également à la Bibliothèque Royale, au CEDOM on peut trouver la collection complète de ces revues, mais aussi les revues des obédiences et des autres types d’associations, belges et d’autres pays, tant du passé que du présent. Ne pouvant pas en faire la liste complète, je signale les revues passées et contemporaines des obédiences de France, Angleterre, Pays-Bas, Italie, Espagne, Autriche et de certains états américains, les bulletins des associations internationales du passé comme le Bureau International des Relations Maçonniques et l’Association Maçonnique Internationale, mais aussi du présent comme le CLIPSAS. Les revues des organisations de la laïcité en Belgique et de la libre pensée en France sont également présentes. Les revues et les bulletins en question sont des publications internes aux organismes destinées à ses membres. Ils témoignent de l’actualité de la vie de ces organismes principalement par le biais des procès-verbaux des réunions, des annonces et des comptes-rendus des événements et des réflexions sur des thèmes philosophiques, historiques ou d’actualité. Ceci dit, dans ces textes on trouve également les noms des membres qui ont pris part aux activités en question.

moitié les archives historiques. La bibliothèque est également la salle de lecture où les visiteurs peuvent s’installer pour travailler. Ce qui constitue la vraie richesse du CEDOM pour les chercheurs ce sont sa collection de revues et ses archives historiques. Si une partie des bulletins, cahiers et annuaires du Grand Orient de Belgique peuvent être consultés également à la Bibliothèque Royale, au CEDOM on peut trouver la collection complète de ces revues, mais aussi les revues des obédiences et des autres types d’associations, belges et d’autres pays, tant du passé que du présent. Ne pouvant pas en faire la liste complète, je signale les revues passées et contemporaines des obédiences de France, Angleterre, Pays-Bas, Italie, Espagne, Autriche et de certains états américains, les bulletins des associations internationales du passé comme le Bureau International des Relations Maçonniques et l’Association Maçonnique Internationale, mais aussi du présent comme le CLIPSAS. Les revues des organisations de la laïcité en Belgique et de la libre pensée en France sont également présentes. Les revues et les bulletins en question sont des publications internes aux organismes destinées à ses membres. Ils témoignent de l’actualité de la vie de ces organismes principalement par le biais des procès-verbaux des réunions, des annonces et des comptes-rendus des événements et des réflexions sur des thèmes philosophiques, historiques ou d’actualité. Ceci dit, dans ces textes on trouve également les noms des membres qui ont pris part aux activités en question. En ce qui concerne les archives historiques – et donc consultables, sauf exceptions – elles regroupent principalement la documentation produite par les organes décisionnels et l’administration du Grand Orient de Belgique des origines de la franc-maçonnerie belge jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Cette documentation s’articule entre les statuts, les règlements, les rapports des commissions spéciales, des assemblées générales et des congrès, la correspondance historique du Grand Orient de Belgique avec la quasi-totalité des loges bleues (c’est-à-dire les loges de base d’une institution ou obédience maçonnique où se réunissent les maçons aux trois premiers degrés : apprentis, compagnons et maîtres) administrées par le Grand Orient de Belgique même et la correspondance avec les obédiences étrangères.

Outre la documentation produite directement par le GOB, le CEDOM conserve la documentation produite par d’autres organismes dépendants ou en relation avec le GOB. En effet, quelques loges ont déposé leurs archives historiques au CEDOM. Dans ce cas, il faut considérer que la consultation de ces archives doit être autorisée par leurs propriétaires respectifs. Les archives des loges temporaires (créées à l’étranger pendant la Première Guerre mondiale) et des loges au Congo et au Zaïre, sont par contre consultables. Dans cette catégorie entre également la documentation des organismes internationaux dont le GOB a fait partie – souvent en position de gérance – à savoir le Bureau International des Relations Maçonniques et l’Association Maçonnique Internationale.

Or, il faut spécifier que la grande partie de la documentation dont je viens de faire la liste peut et doit être intégrée avec tout ce qui est contenu dans le fonds d’archives appelé « Les Archives de Moscou » qui occupe 36,52 mètres courants des archives du CEDOM, c’est-à-dire plus de la moitié de la totalité des archives historiques.

2. Les Archives de Moscou

Le fonds d’archives portant la dénomination particulière d’« Archives de Moscou » fait partie de cet ensemble de documents qui ont été à raison nommés les « twice captured archives »,11 c’est-à-dire les « archives doublement saisis ». En effet, il s’agit d’une partie du « butin de guerre » composé non seulement par des documents, mais aussi par des objets d’un certain intérêt spoliés par les Allemands lors de l’occupation de la Belgique pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce butin, à la fin de la guerre, a été pris par les Russes en compensation par rapport aux dommages subis de la part de l’Allemagne. Voici donc que ces archives ont été saisies premièrement par les Allemands et en deuxième lieu par les Russes qui les ont d’abord inventoriées et ensuite conservées dans leur pays pendant un demi-siècle. D’ici la dénomination « Archives de Moscou ». Le même destin a été subi par des « butins de guerre » semblables dans d’autres pays occupés par les Allemands.

Ce « butin de guerre », en Belgique, concernait principalement des institutions ou des sociétés nationales, mais aussi les groupes idéologiques considérés comme « adversaires » du régime nazi. Au total, les Allemands ont saisi de la documentation et des objets de certaines agences du gouvernement ; des organisations non gouvernementales ou privées comme les organisations socialistes, juives et maçonniques ; de certaines institutions belges et enfin de particuliers.12

En ce qui concerne l’institution maçonnique en général, lors de l’occupation allemande, une partie des archives du Grand Orient de Belgique et de certaines loges avait pu être évacuée au préalable en Grande-Bretagne, avant que les occupants ne se livrent au pillage sauvage de tous les biens présents dans ces lieux. Certains Ateliers, qui n’avaient pas pris de mesures préventives pour leurs archives, sont pris de panique et détruisent toute la documentation en leur possession.

Malgré cela, la police nazie a saisi, dans les loges maçonniques de toute la Belgique, pas moins de 179 caisses regroupant des documents d’archives, des livres, des oeuvres d’art et des objets maçonniques. La police saisit la documentation maçonnique de la période 1933-1940, tandis que la documentation de la période avant 1933 était destinée à un autre groupe nazi, celui d’Alfred Rosenberg, l’idéologue du parti nationalsocialiste et expert au sein de celui-ci pour les affaires maçonniques.

Le docteur Rosenberg a réalisé une opération unique en rassemblant une énorme masse documentaire tant des institutions maçonniques que d’autres groupes qui étaient considérés comme des adversaires idéologiques du régime nazi. Ces documents devaient être la source pour l’étude de la bataille idéologique à mener contre ces ennemis. Cette opération n’a donc pas concerné la seule maçonnerie, mais, entre autres, les organisations centrales juives également, dans le but de prouver l’existence du complot judéo-maçonnique.13

Lorsque les bombardements des alliés sur l’Allemagne débutent, une grande partie de ce matériel est transférée vers l’Est, notamment en Pologne, à Ratibor. Les Soviétiques y arrivent en 1945 et s’emparent des archives, ainsi que de biens d’autres natures, au titre de compensation pour les pertes subies en URSS. Les archives des cinq pays européens occupés par les Allemands, une fois soustraites par les Russes, sont envoyées à un service spécial d’archives appelé « Osoby-Archiv », créé le 21 août 1945. Par la suite, ces archives ont été appelées le « Centre for Preservation of Historical-Documentry Collections » de Moscou. Là les archives maçonniques des différentes nations sont plus ou moins classées de manière logique malgré les quelques confusions au niveau du contenu.

Tout de suite après l’éclatement de l’Union Soviétique, au début des années 1990, dans toute l’Europe des rumeurs on commencé à se répandre concernant des Archives spéciales à Moscou où étaient conservés tous les documents que l’Armée Rouge avait saisis aux Allemands. Cette découverte a été l’incipit d’une longue histoire qui a vu les états propriétaires de ces documents s’engager afin que leur soit rendue cette documentation.

C’est à partir d’octobre 1991 que les archives de Moscou sont systématiquement consultées par les chercheurs occidentaux. Wouter Steenhaut et Michel Vermote se sont rendus à Moscou afin de consulter les archives disparues pendant la guerre des locaux du GOB. Cette mission a été effectuée pour le compte des Archives et Musée du Mouvement Ouvrier Socialiste (AMSAB), situés à Gand, et le GOB a payé le voyage. Les résultats de cette mission ont été rassemblés dans un inventaire des documents consultés présenté à la commission historique de la loge des « Amis Philanthropes » en juin 1992.

Par la suite, les autorités belges ont entamé une tractation pour la restitution de ces archives. Ces tractations diplomatiques concernaient non seulement les archives maçonniques, mais également l’ensemble des archives belges conservées à Moscou, c’est-à-dire celles de la Défense nationale, de l’auditorat, des organisations juives, des papiers personnels d’hommes politiques et de professeurs d’universités.

Après des années de tractations, l’accueil officiel sur le territoire national de ces archives belges eut lieu le 27 mai 2002 au Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire du Parc du Cinquantenaire à Bruxelles. Ces archives furent, pour la partie maçonnique, entreposées au CEDOM où une Commission historique en dressa tout de suite un inventaire d’urgence. Le promoteur de cette commission fut Jeffrey Tyssens, professeur historien de la franc-maçonnerie. Par la suite, Dirk Vandeputte en a dressé un inventaire descriptif qui permet d’avoir un aperçu plus détaillé du contenu de ces archives.

L’inventaire descriptif a constitué dans les dernières années le premier instrument d’orientation pour avoir accès à la consultation des « Archives de Moscou » belges déposées au CEDOM pour un total de 2323 dossiers distribués en 203 boîtes pour 36,52 mètres courants. Outre l’inventaire, la commission avait envisagé d’assurer une conservation optimale dans des locaux adéquats et une consultation facilitée par l’ouverture aux chercheurs, via une inventorisation informatisée, et des possibilités de reproduction, avec l’avantage de permettre sans multiplier les déplacements, l’étude d’une même problématique dans les archives d’institutions maçonniques différentes.

Depuis avril 2011, ces archives ont été transférées dans des nouveaux locaux et sont conservées dans un système d’archivage « compactus ». Cela signifie qu’on a maintenant à disposition l’espace et les moyens de pouvoir passer au stade ultérieur, à savoir l’accomplissement du travail scientifique envisagé par la commission historique.

Le premier pas en ce sens a été fait en démarrant la procédure de digitalisation de toute cette documentation. De plus, de janvier 2012 à mars 2013, la Communauté Française de Belgique a financé un projet afin de donner vie à un nouvel inventaire raisonné de ces archives dans le but de rendre cette importante documentation aisément accessible aux chercheurs, leur donnant à la fois un nouvel élan et une nouvelle forme de diffusion.14 Il s’agit bien de l’inventaire raisonné maintenant disponible au CEDOM. On pourrait imaginer dans le futur de mettre en lien ce nouvel inventaire avec les documents digitalisés. Le projet envisagé par la commission historique serait ainsi réalisé.

En reprenant le travail fait dans le précèdent inventaire descriptif, cet inventaire est le résultat de l’étude approfondie du fonds menée en analysant boîte par boîte, dossier par dossier, document par document pour bien comprendre la nature de la documentation présente. La structure de l’inventaire raisonné est finalement inspirée de l’inventaire du fonds « Franc-maçonnerie » conservé au département « manuscrits » de la Bibliothèque nationale de France.15

Les « Archives de Moscou » se composent principalement des documents relatifs à la vie du Suprême Conseil et surtout à celle du Grand Orient de Belgique, de leurs naissances jusqu’aux années trente du XXe siècle. Elles contiennent en outre une énorme quantité de documents qui attestent des contacts du GOB avec l’étranger et de sa vie dans les contextes internationaux comme le Bureau International des Relations Maçonniques (BIRM) et l’Association Maçonnique Internationale.

Ces thèmes sont organisés dans cet inventaire en 5 grands sous-fonds: 1. Suprême Conseil ; 2. Grand Orient de Belgique ; 3. Etranger ; 4. International ; 5. Imprimés. Au-dessous de chaque sous-fonds, il y a les séries qui sont marquées par des lettres suivant l’ordre alphabétique (ex. 1. Suprême Conseil : 1.A Chapitres (par ville) ; 1.B Aréopages (par ville) ; etc…). Dans certains cas, les séries elles-mêmes sont à leur tour encore divisées en sous-séries (ex. 1. Suprême Conseil : 1.A Chapitres (par ville) ; 1.A.1 Anvers).

L’index permet de repérer la page où le sous-fonds, la série et éventuellement la sous sous-série se trouvent. Une fois arrivé à la page indiquée, on y trouve la liste des dossiers concernant la série ou la sous sous-série par ordre chronologique. à la suite de cette liste, on a les renvois à d’autres sous-séries où il est question du thème de la série ou sous-série de départ.

Ce nouvel outil ne se veut donc finalement pas un inventaire descriptif, mais raisonné car il permet de cibler des thèmes, des lieux, de personnes, des pistes d’enquête et d’avoir les indications pour savoir tout ce qu’il y a à leur propos dans les « Archives de Moscou ».

Ce fonds d’archives constitue le coeur des archives historiques du CEDOM qui – même si incomplètes à cause des pertes subies dans l’histoire rocambolesque que je viens de décrire – constituent une source pour la recherche sur la franc-maçonnerie – pour la période comprise du XIXe siècle jusqu’aux premières décennies du XXe siècle – d’une valeur inestimable pour les francs-maçons, les chercheurs et les étudiants.

L’offre de documentation du CEDOM est donc très vaste, même si ce centre n’intègre pas les archives de toutes les loges du Grand Orient de Belgique qui existent, dans certains cas, mais qui ne sont pas ouvertes à la consultation. De la même manière, aucune des cinq autres obédiences belges – la Fédération Belge du Droit Humain, la Grande Loge de Belgique,16 la Grande Loge Régulière de Belgique,17 la Grande Loge Féminine de Belgique18 et la Confédération de loges Lithos19 – n’a un centre de recherche comparable au CEDOM. On peut cependant repérer au CEDOM des informations sur les autres obédiences par le biais des sources indirectes comme les revues. De plus, parmi les d’archives, on peut repérer des sources concernant la Fédération Belge du Droit Humain. Ceci en raison du fait que cette obédience est la seule obédience maçonnique outre le GOB à s’être constituée avant la Deuxième Guerre mondiale et la deuxième obédience maçonnique belge en ordre chronologique, à savoir fondée en 1928.20 Je signale que de la documentation sur cette obédience est également disponible au Mundaneum de Mons, dans les papiers personnels de Henri la Fontaine.

3. La bibliothèque du Centre interdisciplinaire d’études des religions et de la laïcité à l’ULB

Un autre lieu de recherche où pouvoir démarrer ou poursuivre des recherches sur la franc-maçonnerie est aussi disponible à Bruxelles, il s’agit de la bibliothèque du Centre interdisciplinaire d’Etudes des religions et de la laïcité (CIERL) à l’Université Libre de Bruxelles. Ce centre d’étude fondé en 1965 sous le nom d’Institut d’histoire du christianisme, a intégré depuis 30 ans la franc-maçonnerie et la laïcité parmi ses domaines d’étude et de recherche. Depuis lors, la bibliothèque de ce centre peut se vanter d’une collection à nos jours d’environ 500 monographies portant sur la laïcité et surtout une salle dédiée au professeur John Bartier où sont conservées environ 3000 monographies et une dizaine de revues portant sur la franc-maçonnerie. Cette bibliothèque et sa salle « maçonnique » sont reliées à la bibliothèque des Sciences Humaines de l’ULB. Elles sont donc accessibles par tous les étudiants et les lecteurs en possession d’une carte de la bibliothèque de Sciences Humaines.

La particularité de la collection de la salle Bartier est sa mise à jour impeccable d’où la continuelle disponibilité d’ouvrages de parution récente. De plus, le catalogue de ces monographies et revues est consultable sur internet car intégré dans le catalogue central de la bibliothèque de sciences humaines de l’ULB.21 Ces monographies sont classées en vingt catégories : ésotérisme, magie, alchimie, sociétés secrètes ; théosophisme, martinisme ; bibliographies, catalogues de bibliothèques et musées ; annuaires maçonniques, tableaux de loges ; dictionnaires, encyclopédies ; histoire générale de la franc-maçonnerie (classement par pays) ; monographies, histoires de loges particulières (classement par pays) ; discours et travaux d’ateliers, revues des loges de recherche ; congrès internationaux et convents ; églises et franc-maçonnerie ; polémiques antimaçonniques ; systèmes, rituels, symbolismes, rose-croix, templiers, chevaliers initiatiques ; compagnonnages, architecture et proportions ; romans et essais maçonniques ; chansons, musique, théâtre et art ; statuts, règlements, constitutions ; franc-maçonnerie et société ; divers, curiosa.

Cette riche collection de monographies actualisée s’accompagne d’une petite et précieuse collection de revues22 et d’une revue de presse surtout francophone alimentée méthodiquement et constamment pendant les 35 dernières années en faisant une sélection d’articles des quotidiens comme La Libre, La Croix, Le Monde, L’Osservatore romano, Il Manifesto… concernant entre autres23 la franc-maçonnerie et la laïcité. Cette revue de presse est depuis trois ans en ligne sur le site de l’Observatoire des Religions et de la Laïcité (ORELA),24 géré par le CIERL même.

Si à tout ceci on ajoute les 500 monographies traitant de la laïcité en Belgique et dans d’autres pays et le reste de la collection de la bibliothèque du CIERL traitant de l’histoire, la philosophie et la sociologie des religions les plus répandues dans le monde, la recherche sur la maçonnerie peut alors s’ouvrir également vers des études comparatives.

On ne peut pas négliger que la bibliothèque maçonnique John Bartier conserve aussi des copies d’une partie des « Archives de Moscou ». En effet, avant que les originaux de ces archives n’arrivent en Belgique, l’ancien Institut d’études des religions et de la laïcité (IERL) de l’ULB, en la personne de son président Hervé Hasquin obtint un subside extraordinaire de l’ULB pour financier la mission de l’archiviste Andrée Despy-Meyer qui entre 1995 et 1997 se rendit à plusieurs reprises à Moscou pour le microfilmage de l’ensemble du fonds 114. Il faut toutefois préciser qu’il y a des imprécisions dans ce travail car, en pratique, les microfilms ont été faits par des techniciens russes ne connaissant ni le sujet ni la langue. Ces documents ont donc été déposés au IERL (aujourd’hui CIERL) et ils ont constitué, pendant quelques années, les substituts des originaux qui, comme nous l’avons déjà vu, ont été rapatriés après quelques années. Aujourd’hui, le CIERL conserve aussi la version imprimée de ces microfilms.

Finalement, on trouve un nombre de travaux à la bibliothèque de la VUB, pendant flamand de l’ULB, et chez CAVA (dans le même bâtiment).25

Nous pouvons ainsi arriver à la conclusion que la ville de Bruxelles recèle un patrimoine de documentation maçonnique considérable qui se trouve à la fois « caché » dans les archives et les bibliothèques institutionnelles, mais qui est aussi mis en valeur et à la disposition des chercheurs et des étudiants au CEDOM et au CIERL. L’un est un centre de documentation doté d’un patrimoine archivistique précieux et l’autre un centre académique d’étude et de recherche très actualisé et dynamique. Ces deux centres fournissent ensemble tous les outils pour se documenter, étudier, approfondir voir apprendre26 sur la franc-maçonnerie de plusieurs points de vue et approches d’analyse.

Voetnoten

  1. Charles Porset, Masonic Historiography, dans Henrik Bogdan & Jean Snoek (dir.), Handbook of Freemasonry, Leiden, Brill, 2014, p. 117-137 ; Pierre-Yves Beaurepaire, Masonic Studies, dans P.-Y. Beaurepaire (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Paris, Armand Colin, 2014, p. 165-170.
  2. Nicoletta Casano, L’extériorisation de la franc-maçonnerie belge : l’exemple de la coopération internationale en matière de culture et de recherche maçonniques, Observatoire des Religions et de la Laïcité (ORELA), www.o-re-la.org; Jimmy Koppen, Tussen wetenschap en pseudohistoriografie. Onderzoek naar de vrijmetselarij in België, dans G. Vanthemsche, M. De Metsenaere, J.C. Burgelman (dir.), De Tuin van Heden: dertig jaar wetenschappelijk onderzoek over de hedendaagse Belgische samenleving, Bruxelles, VUBPRESS, ASP editions, 2007, p. 209-231.
  3. En dehors de la Belgique, la France et l’Angleterre, des musées, des bibliothèques ou des archives maçonniques sont accessibles également en Allemagne, Italie, Suède, Espagne, France, Roumanie, Islande, Suisse, Finlande, Pays-Bas, Norvège, Autriche et aux états-Unis. En particulier, ces institutions culturelles se sont réunies récemment dans l’Association des Musées, des Bibliothèques et des Archives maçonniques en Europe (AMMLA), une association internationale sans but lucratif constituée en juin 2011 à Bruxelles, mais dont les statuts remontent à une rencontre qui a eu lieu à Londres en 2005. Cette vaste participation est exceptionnelle, car des obédiences nationales de tradition maçonnique parfois très distantes se sont réunies grâce au sentiment commun de gérer et promouvoir la mémoire de la réalité maçonnique. En effet, selon son acte de constitution, ladite association a pour objet principal « 0d’assister et de promouvoir la gestion, la sauvegarde et la promotion de l’héritage maçonnique par l’éducation, la facilitation de la communication, la coordination des efforts et tout autre moyen possible ». Ibidem, www.o-re-la.org.
  4. www.mbfm.be.
  5. Pour suivre les activités du Musée Belge de la Franc-Maçonnerie voir la section « Agenda » du site cité.
  6. Jeffrey Tyssens, Vrijmetselarij en vrijzinnige organisaties, dans Bronnen voor de studie van het hedendaagse België, Bruxelles, Commission Royal d’Histoire, 2014, p. 1149-1164.
  7. La création du Grand Orient de Belgique en 1833 fait suite à la naissance du Royaume de Belgique. En effet, il réunit les loges qui existaient déjà depuis plus d’un siècle sur les provinces belges. Avant 1830, à selon de la période, ces loges – de la même manière que les provinces belges – dépendaient d’un point de vue administratif des autrichiens, des français ou des hollandais. Pour plus d’informations sur le Grand Orient de Belgique voir le site officiel : www.gob.be/FR/Force/grand_orient/175ans.php (consulté le 25 janvier 2015).
  8. Une lettre de présentation de l’étudiant ou du chercheur plus un descriptif du projet de recherche doivent être envoyés à l’adresse électronique cedom@skynet.be.
  9. Voir par exemple les modalités d’accès à la consultation des archives secrètes du Vatican à Rome: www.archiviosegretovaticano.va/en/consultazione/accesso-e-consultazione (consulté le 25 janvier 2015).
  10. Une partie du catalogue du CEDOM est aussi consultable sur internet www.pallas.be/pls/opac/plsp.getplsdoc?lan=F&htdoc=general/opac_mace.htm.
  11. Patricia Kennedy Grimsted, F.J. Hoogewoud & Eric Ketelaar, Returned from Russia. Nazi archival plunder in Western Europe and recent restitution issues, U.K., Institute of Art and Law, 2007.
  12. Jacques Lust & Michel Vermote, Papieren Bitte ! The confiscation and return of Belgian Archives and Libraries (1940-2003), dans P. Kennedy Grimsted, F.J. Hoogewoud & E. Ketelaar, Returned from Russia, p. 231.
  13. J. Lust and M. Vermote, Papieren Bitte !, p. 193.
  14. Nicoletta Casano, Inventaire raisonné des « Archives de Moscou » belges, Bruxelles, Centre de Documentation Maçonnique du Grand Orient de Belgique, 2013.
  15. Ce fonds rassemble les archives du Grand Orient de France et du Suprême Conseil antérieures à 1875, données en 1944 à la Bibliothèque Nationale où elles avaient été déposées à la suite des mesures prises en août 1940 contre les sociétés secrètes. La période de cette documentation est comprise entre le milieu du XVIIIe siècle et 1875.
  16. A cause de l’engagement du Grand Orient de Belgique dans certaines thématiques politiques et sociales, en 1959, quelques loges quittent le Grand Orient de Belgique et créent la Grande Loge de Belgique. Pour plus d’information voir : glb.be/jml4/index.php/grande-loge.
  17. A leur fois, en 1979, des loges quittent la Grande Loge de Belgique pour donner vie à la Grande Loge Régulière de Belgique. Cette dernière obédience maçonnique se différencie du Grand Orient et de la Grande Loge car elle est reconnue en tant que « régulière » par la Grande Loge Nationale d’Angleterre. Pour plus d’information voir: www.glrb.net/la-franc-maconnerie/renaissance-de-la-franc-maconneriereguliere-et-de-tradition (consulté le 25 janvier 2015).
  18. Après la création des loges mixtes, en Belgique, les premières loges exclusivement féminines voient le jour à partir de 1974. C’est en 1981 que ces loges donnent vie à la Grande Loge Féminine de Belgique. Pour plus d’information voir : www.glfb-vglb.be/histoire_063.htm.
  19. Très récemment, en 2006, cinq loges belges ont donné vie à la Confédération de loges Lithos. Pour plus d’information voir : www.lithoscl.be/index.php/fr/qui-sommes-nous (consulté le 25 janvier 2015).
  20. La première loge mixte en Belgique a été créée en 1912. Cette loge et d’autres sept loges mixtes qui sont créées par la suite se réunissent en 1928 pour donner vie à la Fédération. Pour plus d’information voir: www.droit-humain.be/public/index.php/fr/la-federation-belge-du-droit-humain (consulté le 25 janvier 2015).
  21. www.bib.ulb.ac.be..
  22. Ars Quatuor Coronatorum, Acta Macionica, Villard de Honnecourt, Renaissance Traditionnelle, Aries et Journal for the Study of Western Esotericism.
  23. Cette revue de presse développe une cinquantaine de thèmes qui correspondent grosso modo à l’ensemble des domaines de recherche développés par les chercheurs du CIERL au long de son existence. Parmi ces thèmes on retrouve par exemple plusieurs sujets en rapport avec l’église catholiques dont les conciles, la théologie, les rapports entre l’église et les pouvoirs publics, l’athéisme, les droits de l’homme, la paix dans le monde, etc. En dehors de l’église elle traite également de la franc-maçonnerie, de la laïcité, de l’islam.
  24. www.o-re-la.org.
  25. Centrum voor Academische en Vrijzinnige Archieven. Voir : www.cavavub.be.
  26. Il ne faut pas oublier que le CIERL est également le siège où se donnent des cours académiques, des conférences et des séminaires sur l’histoire de la franc-maçonnerie, dont les plus importants sont les séances organisées chaque année par la « Chaire Théodore Verhaegen » qui invite des professeurs, spécialistes sur le sujet, provenant du monde entier.


Verwijzen naar dit artikel kan als volgt: Casano Nicoletta, Les lieux de la recherche sur la franc-maçonnerie à Bruxelles, in Op zoek… De evolutie van het vrijzinnig humanisme in Vlaanderen sinds de Tweede Wereldoorlog, Brussel, Centrum voor Academische en Vrijzinnige Archieven, 2018, pp. 287-298.

Deze pagina werd voor het laatst geüpdatet op 13 april 2018.

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